Sextorsion : le scénario, les chiffres canadiens, quoi faire

La sextorsion commence par un profil séduisant sur un réseau social, un site pornographique ou un site de rencontre, et finit par une menace : payer, ou voir des images intimes envoyées à vos proches. Le Centre antifraude du Canada a reçu 2 767 signalements d’extorsion en 2025, pour 835 victimes et 23 M$ de pertes déclarées, sans distinguer la part sexuelle. Cet article reprend le scénario tel que les organismes canadiens le décrivent, les chiffres publiés, et la marche à suivre si ça vous arrive. Vérifié le 27 septembre 2026, à partir de pages du Centre antifraude du Canada et de la Gendarmerie royale du Canada lues ce jour-là.

Comment le scénario se déroule-t-il ?

Le Centre antifraude du Canada le résume ainsi : « Les fraudeurs créent de faux profils sur des sites de réseautage social, de pornographie et de rencontre. Ils utilisent ces profils pour vous séduire et vous obliger à vous livrer à des actes sexuels devant une caméra. » Puis : « Ils enregistrent la séance et menacent d’envoyer les images ou les vidéos à d’autres personnes à moins que vous ne les payiez ou que vous leur fournissiez plus de matériel à caractère sexuel. » La Gendarmerie royale du Canada décrit le même déroulement en cinq temps.

  1. La prise de contact, sur un réseau social ou une application, par un profil qui paraît réel.
  2. La mise en confiance, parfois rapide, avec une invitation à passer sur une autre messagerie.
  3. L’envoi de contenu explicite, obtenu par séduction ou par échange.
  4. La menace de divulgation, assortie d’une demande d’argent ou de matériel supplémentaire.
  5. L’intimidation, qui affirme qu’il n’existe aucune échappatoire.

Nos fiches croisent ces étapes dans les avis des membres : sur AsianDating et sur Lovely, des profils qui poussent vite vers WhatsApp ou Telegram ; sur UkraineDate, des demandes d’argent qui reviennent dans la moitié des avis récents lus ; sur Freemeet, des demandes de cartes de recharge. Le conseil de la fiche Bumble vaut partout : méfiez-vous d’un profil qui veut vite quitter l’application.

Que disent les chiffres canadiens ?

Les organismes publient des totaux, pas un compte propre à la sextorsion ; le tableau les donne avec leur source et leur période.

IndicateurChiffrePériode et source
Extorsion, toutes formes2 767 signalements, 835 victimes, 23 M$ de pertes ; 6e rang par nombre de signalements, 7e par préjudice2025, palmarès des dix fraudes du Centre antifraude du Canada
Toutes les fraudesplus de 112 000 rapports, plus de 704 millions de dollars de pertes2025, même palmarès
Stratagèmes de rencontre1 093 signalements, 933 victimes, 63,3 millions de dollars2025, même palmarès, repris dans notre article sur les fraudes en ligne
Incidents de sextorsion signalés à Cyberaide.caplus de 2 600 informationsseptembre 2023 à août 2024, Gendarmerie royale du Canada
Réseaux en cause74 % des incidents où le réseau était connu se produisent sur Instagram et Snapchatmême page de la GRC
Cibles les plus fréquentesadolescents et jeunes adultes de 14 à 24 ansmême page de la GRC

Deux réserves de lecture. Le Centre antifraude ne détaille pas l’extorsion sexuelle dans son palmarès, et il estime que seule une petite partie des fraudes lui est signalée : les chiffres sont des planchers. Et aucun des documents lus ne donne de compte pour le Québec.

Que faire si vous recevez la menace ?

Les consignes de la GRC et du Centre antifraude tiennent en six gestes, dans cet ordre.

  1. Cessez toute communication avec la personne qui vous menace : « Cessez toute communication avec le sextorqueur. »
  2. Ne payez pas et n’envoyez rien de plus : « Ne cédez pas aux menaces ; n’envoyez pas d’argent ni d’autres photos. »
  3. Conservez les preuves : « Enregistrez une copie des photos et faites des saisies d’écran des messages. » Ne supprimez pas la conversation avant de l’avoir sauvegardée.
  4. Signalez à votre service de police et obtenez un numéro de dossier, puis au Centre antifraude du Canada, en ligne sur signalercyberetfraude.canada.ca ou au 1-888-495-8501, du lundi au vendredi, de 10 h à 16 h 45, heure de l’Est.
  5. Si vous avez déjà payé, prévenez l’institution financière qui a transféré l’argent : c’est la première étape que le Centre antifraude donne à toute victime.
  6. Si la victime est mineure, ou si les images la montrent mineure, signalez à le site de Cyberaide.ca, « la centrale canadienne de signalement des cas de cyberexploitation », que la GRC nomme avec la police locale.

Signalez aussi le profil au service où le contact a eu lieu : les sites de Cupid Media ont un bouton « Report Abuse », et nos fiches notent où ce bouton manque.

Main qui éteint un téléphone et le pose face contre la table
Photo d’illustration générée par IA.

Comment réduire le risque sur un site de rencontre ?

  • Gardez les échanges sur la messagerie du site tant que vous n’avez pas vu la personne : c’est le conseil de nos fiches AsianDating et UkraineDate, et le Centre antifraude rappelle qu’on ne peut pas confirmer qui est une personne connue seulement par les réseaux sociaux.
  • N’envoyez jamais d’argent, de carte de recharge ni de code de vérification reçu par texto à un profil rencontré en ligne : nos fiches Grindr et Freemeet le répètent.
  • Passez la photo de profil dans une recherche d’image avant de répondre ; nous y consacrons un article.
  • Tenez une coche de vérification pour ce qu’elle est : JDate précise qu’elle confirme une ressemblance de photo, ni l’identité, ni l’âge.
  • Réglez la confidentialité de vos comptes de réseaux sociaux, comme le recommande le Centre antifraude, pour qu’une menace ne trouve pas votre liste de contacts.
  • Ne vous filmez pas devant une caméra pour quelqu’un que vous n’avez pas rencontré : le scénario décrit par le Centre antifraude ne fonctionne pas sans cette étape.

Où signaler, selon la situation ?

SituationOùComment
Menace reçue, adulteservice de police local, puis Centre antifraude du Canadanuméro de dossier ; formulaire en ligne ou 1-888-495-8501
Argent déjà envoyéinstitution financière, puis police et Centre antifraudedans l’ordre donné par le Centre antifraude à ses victimes
Personne mineureCyberaide.ca et police localesignalement en ligne, en s’identifiant ou non
Profil sur un site de rencontrele service lui-mêmebouton de signalement quand il existe ; nos fiches indiquent lesquels en ont
Un jeune homme au téléphone près d’une fenêtre, l’air soulagé
Photo d’illustration générée par IA.

Ce que nous n’avons pas vérifié

  • La part de la sextorsion dans les 2 767 signalements d’extorsion de 2025 : le Centre antifraude ne la publie pas.
  • Un chiffre propre au Québec, absent des pages lues.
  • Ce qui se passe après un signalement sur chaque site de rencontre : nos fiches relèvent les boutons, pas le traitement.
  • Les pages de Cyberaide.ca consacrées à la sextorsion, dont l’adresse française a répondu 404 le 27 septembre 2026 ; nous citons la GRC, qui les résume.
Lepickup.ca
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