Mis à jour le 27 septembre 2026 : l’entretien est désormais attribué à sa vraie source, le livre de Léo Léderrey, sans le personnage inventé qui le portait ; les conseils pratiques d’un second article sont ajoutés.
« C’est à cette heure-ci que tu rentres ? Où étais-tu ? Avec qui ? » Du soupçon aux accusations, le pas est vite franchi par le jaloux chronique. Insupportable pour l’autre, obligé de se justifier en permanence, et pour lui, torturé par la pensée obsédante d’une trahison. Par ses scènes continuelles, le jaloux provoque ce qu’il redoute le plus : l’éloignement, l’infidélité et la rupture.
Cet article s’appuie sur le regard d’un thérapeute suisse, Léo Léderrey, praticien en gestalt-thérapie, bioénergie et rebirth, qui raconte dans son livre Apprivoiser l’anxiété comment il a travaillé sur sa propre jalousie, et sur les conseils pratiques les plus courants pour la gérer au quotidien.
D’où vient la jalousie
La jalousie, explique Léderrey, puise ses racines dans la petite enfance. Elle est toujours fondée sur une ancienne souffrance due à la séparation. La crainte que cette souffrance ne resurgisse est vécue douloureusement et s’inscrit dans la vie de l’adulte, le poussant à chercher des signes d’infidélité chez son ou sa partenaire.
La psychanalyse distingue trois formes de jalousie. La première, considérée comme normale, naît du comportement infidèle ou provocateur du partenaire. La deuxième, pathologique, n’est qu’une projection sur autrui de ses propres fantasmes d’infidélité : la personne tentée par l’adultère s’imagine que l’autre est dans le même cas. La troisième, délirante, repose sur un mécanisme de projection plus complexe encore, où le jaloux prête à sa partenaire l’attirance qu’il éprouve lui-même pour un rival.

Le manque de confiance en soi
Le jaloux est toujours profondément insécure. Il se dévalorise, se juge inférieur aux autres, manque d’amour-propre et serait prêt à tout pour éviter que l’autre ne le quitte. Ce qui ne l’empêche pas de faire preuve parfois d’un orgueil incroyable, et de ressentir aussi honte et culpabilité.
Le besoin de contrôle
Derrière le besoin de tout contrôler, on trouve toujours la peur d’être abandonné, de se retrouver seul, de souffrir. Léderrey le dit de lui-même : après tout le travail personnel qu’il a fait, il reste fondamentalement jaloux, parce que sa nature profonde est la même. Mais la cicatrice ne saigne plus. La thérapie permet de cesser de se laisser submerger par des émotions non identifiées, et de stopper le mécanisme au moment où il se met en place.
Son exemple : sa compagne s’inscrit à des cours d’espagnol. Autrefois, son réflexe aurait été de lui demander, à son retour, s’il y avait des hommes parmi les élèves, combien, quel âge. Il sait aujourd’hui qu’une telle attitude est malsaine et qu’elle engage la relation sur un terrain dangereux ; il évite d’entrer dans ce jeu dont il connaît l’origine. L’autre élément, c’est la confiance qu’il accorde à sa partenaire, parce qu’il a appris à la laisser être ce qu’elle est.
La jalousie qui ne touche pas au sexe
Et la personne qui ne supporte pas que son conjoint pratique un sport ou passe une soirée avec un ami sans elle ? Le problème est le même. Puisqu’il se considère comme inférieur, le jaloux estime avoir droit à tous les égards. Que sa partenaire risque de partir avec un autre ou qu’elle passe une soirée avec ses amies, pour lui, c’est toujours une séparation, une peur de la rupture.
On provoque ce qu’on craint
À force de faire des scènes, un jaloux peut se rendre si insupportable que l’autre décidera vraiment de le quitter. En suspectant continuellement sa partenaire chaque fois qu’elle parle à un homme, il crée entre elle et n’importe quel autre une complicité spontanée, qui renforcera sa méfiance et dont il se servira pour poser des questions et faire des reproches. C’est ainsi qu’on crée l’enfer conjugal.
Les hommes sont-ils plus jaloux que les femmes ?
Selon Léderrey, la jalousie est également répartie entre les sexes, mais elle est plus difficile à vivre pour beaucoup d’hommes, qui ont tendance à refouler leurs sentiments jusqu’au moment où ils deviennent insupportables. La jalousie peut rester souterraine pendant des années, puis se manifester brutalement. Elle provoque de telles tensions que le jaloux peut presque en venir à souhaiter surprendre sa compagne avec un autre, comme le patient qui attend que le dentiste arrache la dent : la douleur, puis le soulagement. Un soulagement de courte durée, puisque de nouvelles questions surgissent aussitôt.
Peut-on apaiser le jaloux en discutant ?
Inutile pendant une crise. Quelle que soit la manière dont vous lui parlez, le jaloux n’entend que sa jalousie, car il est entièrement dominé par la peur. Léderrey décrit son ancien comportement en soirée : accaparer sa compagne, se montrer plus attentionné que d’habitude, bouder si un homme lui parle, puis lancer en rentrant « Il te plaît, reconnais-le ! ». Et douter de la réponse. Quand la crise est là, il n’y a que des accusations d’un côté et des défenses de l’autre : un dialogue de sourds.
Apprendre à se faire confiance
« Je n’ai pas appris à avoir confiance en l’autre, j’ai appris à avoir confiance en moi », résume-t-il. La jalousie est fondée sur un sentiment d’infériorité. À partir du moment où l’on reconnaît ses propres qualités et ses ressources, on n’éprouve plus la crainte de voir l’autre partir, sachant qu’on serait capable, le cas échéant, de retrouver quelqu’un. Grandir, c’est aussi accepter qu’on est seul au monde, et ne pas se précipiter dans une nouvelle fusion sitôt après une rupture, pour reproduire le même scénario.

Quatre conseils pratiques pour gérer sa jalousie
Comprendre son fonctionnement n’aide pas forcément à agir différemment ; il y a un grand pas entre la connaissance et la pratique. Toute personne équilibrée porte une petite dose de jalousie ; ce qui compte, c’est de ne pas la laisser transformer la relation en enfer.
- Comptez jusqu’à dix. Dans une situation où vous êtes prêt à exploser, respirez profondément en comptant. C’est une petite pause qui réduit l’anxiété et évite la scène.
- Parlez de vos sentiments. Exprimez votre jalousie avant qu’elle ne se transforme en rancune, et parlez-en avec votre partenaire de manière précise : pourquoi suis-je jaloux ? Dans quelles situations ? Vous arriverez à un compromis en discutant, hors des moments de crise.
- Travaillez votre confiance en vous. La jalousie provient du manque de confiance et du sentiment d’insécurité, pas de l’autre. C’est là qu’un thérapeute peut aider, comme le raconte Léderrey.
- Changez de scénario. Votre partenaire ne répond pas à vos appels et vous imaginez le pire ? Essayez le scénario le plus probable : le téléphone est resté dans la voiture. Cela calme le sentiment de peur, le temps de vérifier.
Le couple : les idées reçues
Dans Apprivoiser l’anxiété, Léderrey passe en revue les idées fausses à propos du couple : « Notre couple comblera notre solitude. Il durera toujours. Ce qui est à moi sera à toi. Nous nous dirons tout. Les disputes sont néfastes. Nous nous appartiendrons. La jalousie est une preuve d’amour. Les enfants sont le but ultime du couple. Nous ferons tout ensemble. Nous serons toujours fidèles. »
Et les vrais droits de chacun dans le couple : « Le droit de se dire non ; de disposer librement de son temps et de son argent ; d’avoir ses propres convictions ; de prendre des vacances sans l’autre ; de ne pas avoir envie de faire l’amour ; de ne pas dire à l’autre ce qu’on pense de telle ou telle chose ; de changer d’avis. » Une liste à relire à deux, un soir calme, avant la prochaine question sur l’heure du retour.










