Deuxième semaine à Montréal. Une collègue te lance : « On se fait un 5 à 7 jeudi ? » Tu souris, tu penses déjà à ta tenue, tu te demandes si c’est sérieux. Jeudi, tu te retrouves dans un bar de la rue Saint-Denis avec huit personnes du bureau et une bière à 9 $. Elle voulait dire l’apéro. Rien d’autre.
Ce genre de malentendu, tu vas en collectionner. Le Québec parle ta langue, mais pas avec tes mots, surtout quand il s’agit de séduire, de coucher ou de dire clairement ce qu’on cherche. Et le vocabulaire que tu emploies te trahit deux fois : il dit d’où tu viens, puis il dit ce que tu veux, parfois sans que tu l’aies décidé.
Ce lexique couvre tout ça : les mots de la drague, ceux du sexe sans engagement, les faux amis qui font rire (ou grincer), et une section entière sur « plan cul », l’expression qui passe si bien à Paris et si mal à Montréal.
Pourquoi le même français ne dit pas la même chose
Deux raisons, et elles se cumulent.
La première, c’est l’anglais. Le Québec vit collé aux États-Unis et à l’Ontario, et sa langue a absorbé des mots que la France a traduits ou ignorés. « Dater », « cruiser », « fuck friend » ne sont pas des anglicismes honteux qu’on lâche en s’excusant : ce sont les mots normaux, ceux qu’une prof de cégep emploie sans baisser la voix. Le paradoxe fait sourire : le Québec se bat pour sa langue dans les commerces et les formulaires, mais dans un bar, personne ne te reprendra parce que tu as dit « date » au lieu de « rendez-vous ».
La deuxième, c’est le rapport à la franchise. En France, la séduction aime le détour, le sous-entendu, le « on verra bien ». Ici, on nomme les choses plus tôt et plus directement. Dire à quelqu’un qu’on ne cherche rien de sérieux ne passe pas pour de la lourdeur mais pour de la politesse.
Résultat : un mot qui te paraît cru peut être neutre à Montréal, et un mot que tu trouves léger peut y tomber comme un pavé. Tout l’enjeu est là.
Le vocabulaire de la drague : de l’intérêt au premier baiser

Le vocabulaire de la drague : de l’intérêt au premier baiser
Cruiser. Draguer, tout simplement. « Il cruise dans les bars du Plateau depuis trois semaines » ne juge pas, ça décrit. Le mot se prononce « crouzer » et se conjugue comme n’importe quel verbe en -er.
Avoir un kick sur quelqu’un. Avoir le béguin. Le « kick », c’est le petit coup au cœur qu’on ne contrôle pas. « J’ai un kick sur la fille de la compta » : c’est mignon, un peu adolescent, et tout le monde comprend.
Tripper sur quelqu’un. Un cran au-dessus du kick : être fou de. Attention, « tripper » tout court veut dire s’éclater, prendre son pied, pas forcément au lit. « Je trippe sur ton accent » est un compliment, pas une proposition.
Une date, dater. Le rendez-vous amoureux, et le fait de sortir avec quelqu’un sans que ce soit officiel. « On a eu une date hier », « je date un gars depuis un mois ». Le mot est féminin quand il désigne le rendez-vous. Ne le confonds pas avec « la date » du calendrier, même si les Québécois eux-mêmes jouent sur l’ambiguïté.
Voir quelqu’un, fréquenter, sortir avec. Trois barreaux d’une même échelle. « Voir quelqu’un » est le plus vague ; « fréquenter » implique une régularité, souvent une exclusivité qui se construit ; « sortir avec », c’est le couple assumé. En France, on « sort avec » beaucoup plus vite. Ici, on peut « voir quelqu’un » pendant des semaines sans que personne ne prononce le mot couple.
Chum, blonde. Copain, copine. Sauf que « chum » désigne aussi un ami, homme ou femme (« mes chums de filles », ce sont mes copines). Le contexte tranche : « mon chum » dans la bouche d’une femme désigne presque toujours le conjoint. Et « ma femme », « mon mari » s’entendent couramment entre conjoints de fait qui ne sont jamais passés devant personne.
Un bec, frencher. Le bec est un bisou, sur la joue ou sur la bouche. Frencher, c’est embrasser avec la langue : ce que tu appelles rouler une pelle. Le mot n’a rien de vulgaire. Une mère peut demander à sa fille de quinze ans si elle a frenché le gars du party.
Être en amour, tomber en amour. Être amoureux, tomber amoureux. Plus doux à l’oreille que la version française, et plus fréquent chez les hommes qu’on ne s’y attendrait.
Le vocabulaire du sexe sans engagement

C’est là que les deux pays divergent le plus, et là que ton vocabulaire te classe le plus vite.
Fuck friend, FF. Le terme de référence. Une personne avec qui on couche régulièrement, sans relation. Il s’utilise dès la vingtaine, chez les hommes comme chez les femmes, sans gêne particulière : « c’est mon FF, pas mon chum » clôt une conversation. L’abréviation FF est courante sur les applis.
Ami avec bénéfices. Calque de friends with benefits. Plus doux, plus long, donc plus fréquent à l’écrit ou quand on veut ménager quelqu’un. Un peu ce que « sex friend » est en France : tout le monde comprend, personne ne rougit.
Sex friend. Compris des deux côtés de l’Atlantique. C’est le mot intermédiaire, celui qui ne te fait passer ni pour un Français ni pour un Québécois. Pratique quand tu ne sais pas encore à qui tu parles.
Un one night, une aventure. Le coup d’un soir. « C’était juste un one night » se dit sans drame. « Une aventure » couvre aussi ce qui a duré un peu plus : un week-end, un été.
Booty call. L’appel ou le texto tardif. Même sens qu’en France, même heure, même sobriété approximative.
Pogner. Verbe caméléon. « Elle pogne », elle a du succès, elle plaît. « Il a pogné hier », il a conclu. « Se faire pogner », se faire prendre sur le fait, par un conjoint ou un coloc. Trois sens, et une seule soirée peut les traverser tous.
Cochon, cochonne. Coquin. Le mot est joueur, plutôt flatteur, et n’a pas la lourdeur qu’il traîne en France. « T’es cochon » dans un échange de textos consenti est un compliment.
Pourquoi « plan cul » sonne différemment ici
Prenons le temps sur celui-là, parce que c’est sans doute le mot que tu emploies le plus.
En France, « plan cul » est presque administratif. On le dit entre amis, on le lit dans la presse féminine, on l’entend dans les séries. Il désigne une catégorie de relation comme on dirait « collègue » ou « voisin ». La charge sexuelle du mot « cul » s’est usée à force d’usage.
Au Québec, l’expression est comprise. Les séries françaises, les applis et surtout les Français eux-mêmes l’ont importée. Mais elle reste marquée. D’abord parce qu’elle est immédiatement identifiée comme hexagonale : la dire, c’est brandir ton passeport. Ensuite parce que « cul » y garde une charge plus crue. Le mot courant pour les fesses, ici, c’est « fesses » ou « foufounes » (on y revient plus bas), et « cul » tire nettement vers le vulgaire.
Ce que ça dit de toi. Lâché en soirée, « plan cul » te range dans la case « Français de service », celui qui parle fort et compare tout. Sur une appli, dans une bio ou un premier message, ça peut passer pour brutal là où « FF » ou « ami avec bénéfices » aurait paru naturel, alors que le contenu est strictement le même. C’est injuste. C’est comme ça.
Quand ça marche quand même. Avec d’autres Français expatriés, évidemment : Montréal en compte des dizaines de milliers et le mot circule entre eux comme à Paris. Et sur une plateforme où le public est mixte, moitié Québec, moitié France, où chacun a fini par apprendre le vocabulaire de l’autre. Si ton objectif est concret et que tu cherches un plan cul à Montréal, passer par un site local a un avantage simple : les membres savent exactement ce que ça veut dire, quel que soit le mot qu’ils emploient de leur côté.
Les faux amis qui peuvent gâcher une soirée

Les faux amis qui peuvent gâcher une soirée
Un lexique, c’est bien. Mais ce sont les faux amis qui font les vraies histoires. Ceux-là, tu les apprends une fois pour toutes.
Être chaud, être chaude. Ivre. Pas excité, pas partant. En France, « t’es chaud pour sortir ? » veut dire « tu es motivé ? ». À Montréal, demander à quelqu’un s’il est chaud, c’est lui demander s’il a trop bu. Et dire à une fille qu’elle te rend chaud, c’est te faire proposer un verre d’eau. C’est le piège numéro un, celui que tous les Français font, et il est d’autant plus sournois qu’il ne fait pas rire : il crée juste un flou.
Gosses. Les testicules. « J’ai laissé mes gosses en France, ça me manque » a fait rire des tablées entières. Pour les enfants, dis « mes enfants », « mes kids », « mes petits ».
Foufounes. Les fesses. Pas ce que tu crois. Le bar Les Foufounes Électriques, sur Sainte-Catherine, existe depuis 1983 et n’a rien d’un club libertin : c’est une salle de concert punk et rock.
Turlutte. Une chanson traditionnelle à onomatopées, du genre qu’on entonne dans les partys de famille. Si quelqu’un te propose une turlutte au réveillon, il parle de musique.
Catin. Une poupée, ou un mot tendre pour une petite fille, surtout chez les générations plus âgées. Rien à voir avec le sens français.
5 à 7. L’apéro d’après-bureau, en groupe, dans un bar. Aucune connotation adultère. Le « cinq à sept » français, la sieste coquine de fin d’après-midi, n’existe pas ici sous ce nom.
Dîner, souper. « On dîne ensemble ? » est une invitation à midi. Le repas du soir, c’est le souper. Inviter quelqu’un à dîner en pensant à 20 h et aux bougies crée un malentendu logistique qui n’a rien de sensuel.
C’est plate, t’es fin. Pour ne pas mal lire un texto : « c’est plate », c’est nul, c’est dommage. « T’es fin », t’es gentil, t’es adorable. « T’es ben fin » reçu après une soirée est un bon signe.
Ton et registre : comment parler sans jouer un rôle

Ton et registre : comment parler sans jouer un rôle
Le lexique ne suffit pas. Il y a une façon de s’en servir.
N’imite pas l’accent. Ni les sacres. Un Français qui lâche « tabarnak » en deuxième semaine, ça s’entend à trois mètres et ça agace plus que ça n’amuse. Garde ton accent, prends les mots.
Tutoie. Presque tout le monde, presque tout de suite, y compris des gens plus âgés ou dans un cadre pro. Le vouvoiement français passe pour distant, parfois pour hautain.
Dis ce que tu cherches. Relation ou pas, court terme ou pas, tu peux le formuler dès la première date sans passer pour lourd. C’est vu comme du respect : tu fais gagner du temps à l’autre. Le « on verra où ça nous mène » à la française se lit ici comme du flou, parfois comme une esquive.
Bannis le « en France, on… ». C’est le premier tue-l’amour de l’expat. Personne n’a envie d’un exposé comparatif sur la bise, le pain ou la drague. Tu es à Montréal ; parle de Montréal.
Sur les applis : traduire ton profil

Sur les applis : traduire ton profil
Ta bio est le premier endroit où ton vocabulaire te trahit, et le seul où tu peux le corriger tranquillement.
| Tu écris (France) | On lit mieux (Québec) |
|---|---|
| plan cul | fuck friend, FF |
| pas prise de tête | sans attaches, pas de drame |
| coup d’un soir | one night |
| rouler une pelle | frencher |
| draguer | cruiser |
| pécho, emballer | pogner (gare aux autres sens) |
| t’es chaud ? | ça te tente ? |
| kiffer | tripper sur, aimer ça |
Trois bios qui sentent le touriste, et leur version qui passe :
- « Parisien fraîchement débarqué, cherche plan cul sans prise de tête. » devient « Français installé à Montréal depuis deux mois, je cherche un FF. Pas de drame, pas de promesses. »
- « Vous avez un accent trop mignon, on se fait un verre ? » devient « Ton accent me fait sourire. Ça te tente d’aller prendre une bière sur Mont-Royal ? » Tutoiement, lieu concret.
- « Ici pour un an, on va pas se mentir, je ne cherche pas l’homme de ma vie. » devient « Française en doctorat à l’UdeM jusqu’à l’été prochain. Rien de sérieux, et je le dis d’entrée pour que ce soit clair. »
Précise ta situation. PVT, permis d’études, mandat de six mois : ici, ça rassure plus que ça n’inquiète. Une date de départ connue, c’est un cadre. Et le cadre, au Québec, plaît.
Ce qui reste quand tu as tout appris
Les mots ne changent pas ce que tu cherches. Ils changent la façon dont on te lit, et à Montréal, on te lit vite. Deux semaines suffisent pour apprendre le lexique. Le plus dur, c’est d’arrêter de comparer.
Le jour où « fuck friend » sort sans effort et où « t’es chaud ? » ne te vient plus, tu n’es plus le Français de service. Tu es juste quelqu’un de nouveau en ville. Et ça, ici, ça plaît.
Pour la suite, deux lectures qui complètent celle-ci : les codes de séduction québécois qu’un Français doit connaître et les quartiers de Montréal où sortent les célibataires.
Questions fréquentes
« Fuck friend » est-il vulgaire au Québec ?
Non. C’est le terme courant pour désigner une personne avec qui on couche sans relation. Il s’emploie dans les deux sens, à l’oral comme sur les applis, souvent abrégé en FF. Il surprend les Français par sa crudité apparente, mais il n’a pas ici la charge du mot anglais d’origine.
Peut-on dire « plan cul » à Montréal ?
Tout le monde comprend, mais l’expression est immédiatement identifiée comme française et le mot « cul » y sonne plus vulgaire qu’en France. Entre expatriés ou sur une plateforme au public mixte France-Québec, ça passe. Dans un bar montréalais ou en premier message sur une appli, « FF » ou « ami avec bénéfices » passe mieux.
Que veut dire « une date » au Québec ?
Un rendez-vous amoureux, ou le fait de voir quelqu’un sans que ce soit officiel. « On a eu une date », « je date quelqu’un depuis un mois ». Le mot est féminin dans ce sens, et il ne signifie pas que le couple est formé.
Pourquoi « être chaud » ne veut pas dire ce qu’on croit ?
Au Québec, être chaud ou chaude, c’est être ivre. Pas excité, pas motivé. Un Français qui demande à quelqu’un s’il est chaud pour sortir lui demande en réalité s’il a trop bu. Pour dire « tu es partant ? », on dit « ça te tente ? ».











